Etudiants et handicap : rencontre avec Clément Gass, non voyant et trailer de compétition

Publié le 10 décembre 2019

A l'occasion de la journée internationale du handicap du 3 décembre, le service Handicap de l'Université Paris-Sud est allé à la rencontre de Clément GASS, non-voyant et trailer de compétition. Utilisant une canne électronique et un GPS nouvelle génération créés par René Farcy, chercheur au Laboratoire Aimé Cotton (UPSud/CNRS/ENS Paris-Saclay), il se confie sur son parcours et ses performances.

Clément, pouvez-vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Clément GASS, je suis alsacien et j’ai 32 ans. Je suis actuellement statisticien à l’INSEE. Je suis également vice-Président de deux associations : l’association Vue du cœur et l’association Yvoir.

L’association Yvoir a pour but de développer des outils d’aides à la mobilité. Elle intervient notamment au Burkina Faso en créant des écoles pour déficient visuels. Vue du cœur organise quant à elle des activités de plein air à destination des enfants déficients visuels. L’objectif est qu’ils ne restent pas sédentaires plus tard, comme c’est malheureusement le cas pour 90% des adultes déficient visuels. Nous les habituons à se déplacer dans la nature en utilisant divers outils tels que le GPS, la proprioception (s’orienter grâce aux reliefs du sol), la kinesthésie ou encore l’écho-localisation, qui consiste à être à l’écoute des bruits de son environnement mais aussi de la résonance des bruits que l’on produit.

Comment avez-vous commencé la course ?

Quand on est aveugle, la marche est le principal mode de déplacement grâce auquel nous pouvons être autonome. J’ai toujours voulu découvrir mon environnement. Très tôt, j’ai commencé à me déplacer tout seul sur des chemins autour de mon village que j'apprenais par cœur. Je partais à l'aventure avec ma canne et c’est comme ça que j’ai développé ma proprioception, le fait de réagir instantanément au terrain sous mes pieds
J'ai commencé la course à pied à l'adolescence, avec toujours l’envie d’aller plus loin sur ces chemins, vers les villages suivants. Plus tard, lors de mes études en classe prépa, le sport m’a aidé à évacuer le stress. J’ai donc commencé tout doucement à m’y mettre plus sérieusement et à optimiser mes performances. C’est à partir de 2013 que j’ai débuté les compétitions en binôme avec un ami.

Les coureurs malvoyants courent habituellement avec des « guides d’aveugles ». Comment en êtes-vous arrivé à utiliser la canne et le GPS ?

Toujours cette envie de liberté, ne pas être obligé de programmer mes courses et ne pas dépendre d'une aide ou d’un cadre contraint. La canne me suffisait pour courir sur des parcours appris au fur et à mesure, mais sur des courses officielles, hors de mes terrains d'entraînement, j'avais besoin d'être guidé. L’association Yvoir m’a fait connaître l'application GPS Openway. Ce GPS était développé par un doctorant du laboratoire Aimé Cotton (UPSud/CNRS/ENS Paris-Saclay), dans le cadre de sa thèse dirigée par René Farcy.

A l’époque, ils recherchaient des testeurs. J’ai aimé le principe de faire appel aux personnes handicapées pour travailler sur un produit dont elles seront la cible. La version initiale a d’ailleurs été fortement modifiée par la suite grâce aux remontées.

Grâce à l'application, le marcheur obtient au moins trois indications vocales du GPS pour se diriger : le numéro d'un point préenregistré vers lequel il se dirige ; la distance à parcourir jusqu'à ce point ; ainsi que le cap à suivre pour rallier ce point, transmis à l'aide d'un cadran horaire imaginaire. Des commentaires sur la nature du sol et des obstacles peuvent être ajoutés lors d'un repérage pour ensuite optimiser le rythme de course avec des informations d'anticipation.

Vous pratiquez la course et le trail, dans quelle discipline prenez-vous le plus de plaisir ?

L’été, je préfère vraiment le trail. Cela consiste à courir en forêt, en montagne, à ressentir les forces de la nature, entendre le murmure des arbres et les chants d'oiseaux, être confronté aux difficultés du terrain pour échapper aux pensées négatives et aux travers de la civilisation.
D’ailleurs, j’adore sortir la nuit et entendre des bruits différents que nous n’entendons jamais en journée. L’hiver, je cours sur route, cela me permet de travailler les bases athlétiques et d’améliorer mes performances.

Quelles sont les performances dont vous êtes le plus fier ?

Tout d’abord, ma participation au trail du Haut-Koenigsbourg. C’est un parcours de 56 kilomètres avec 2000 mètres de dénivelé.  C’est le record du monde en nombre de kilomètres parcourus sur courses de montagne pour un non-voyant. Il y a aussi le marathon de Cernay-la-Ville de 42 kilomètres qui a eu lieu au mois de janvier 2019 et que j’ai bouclé en 4h04mn45s. J’en suis assez fière car c’est une course en plein hiver avec des conditions difficiles et du dénivelé bien qu'étant sur route.

Quels sont vos rêves ou vos prochains objectifs ?

J’aimerais pouvoir partir de chez moi à pieds et parcourir divers chemins du pays sur plusieurs mois. C’est quelque chose que je rêverais de faire. Ce qui me plairait également c’est de participer à des courses en montées à répétition avec descentes en télécabine, c'est mon objectif 2020 !

Clément, est-ce qu’il y a un message que vous aimeriez faire passer aux étudiants en situation de handicap :

Accumulez les savoirs et les techniques qui vous permettront de réaliser vos rêves sans vous soucier du regard de la société. Nous avons besoin de plus de temps que les valides pour faire certaines choses, alors que les journées ne sont pas plus longues. Il faut alors faire des choix stratégiques, s'appuyer sur des points forts et définir des priorités quitte à sacrifier certaines activités.

Dernière modification le 12 décembre 2019